“Maybe that's what life is...a wink of the eye and winking stars.” [Jack Kerouac]

“Maybe that's what life is...a wink of the eye and winking stars.” [Jack Kerouac]


Si
d'aventure un poisson doré se proposait de m'exaucer un v½u, tout ce que je voudrais, ce serait de pouvoir écouter « Simple Man » toute ma vie, et de toujours en pleurer à chaque fois.
Le
pire dans les chansons parfaites, c'est que leur puissance s'estompe à chaque écoute.

C
'est abominable. Tout ce qui vaut réellement la peine d'êtrecu dans le monde, c'est le beau ; mais le beau est sali par le monde à chaque fois qu'il le rencontre !

A
lors c'est plutôt ça : le seul absolu de la vie, c'est le beau de la premre fois (ces deux mots sont à jamais marqués du sceau de la niaiserie, merci Jeune&Jolie)

C
'est seulement la première fois que l'on rencontre le beau qu'il y a coup de foudre ; les rencontres qui suivent ne sont inconsciemment que nostalgie de cette première fois.

Par
exemple, à chaque fois que je vois le monochrome bleu de Klein, je lui trouve certes des qualités. Mais la seule chance que j'ai de ressentir une nouvelle fois une émotion pure face à lui, c'est de me remémorer cet après-midi d'août, où j'arpentais le centre Pompidou comme on avancerait dans un supermarché ; jusqu'à cette claque ! À la vue de ce monochrome, j'ai éprouvé ma première émotion artistique devant une ½uvre picturale. J'ai bu la tasse, les yeux bouche bée, dans ce tsunami céruléen. Désormais, mes nouvelles observations du tableau ne seront que des souvenirs, de plus en plus lointains, de plus en plus indifférents, de cette agréable noyade, qui devient légende.

J
e vois au moins deux raisons pour lesquelles il faudrait ne jamais réécouter les Simple Man, ne jamais retourner sur cette colline en Bretagne, ne jamais relire les Rimbaud. D'abord, d'un point de vue purement égocentrique, pour tout ce que je viens de dire : parce que l'art, c'est comme la varicelle, ça ne s'attrape pas deux fois. Et il n'y a rien de plus triste que de voir peu à peu s'effacer les symptômes de si jolies maladies.

Et
puis, il y a le fait qu'user l'art, c'est lui faire déshonneur : on l'ampute à chaque regard d'un autre constituant de son sublime.

Pour essayer d'être un peu plus claire, je vais préciser une bonne fois pour toute ce que j'entends par « beau», par « émotion artistique » (rien de bien original, mais cela n'en demeure pas moins ce que je pense).
Le beau peut à mes yeux se retrouver dans plusieurs formes : d'abord dans l'art (peinture, musique, litrature, cinéma...), mais aussi dans certains lieux, dans certaines émotions vécues, dans certaines paroles... c'est du moins sous ces aspects que j'ai pu le trouver, mais je demeure avide de nouvelles éventualis. Le beau est pour moi une énergie, plus, une magie.

La
définition que j'aimerais lui donner est paradoxale : jefinis le beau relativement à la perception que j'en ai, c'est-à-dire que le beau ne se définit que par l'émotion qu'il fait naître en moi... et pourtant, ce que ce beau me fait ressentir, c'est précisément son caractère absolument absolu. Le beau passe donc par la relativité de la subjectivité de celui qui l'observe, et c'est seulement s'il est alors reconnu comme absolu, qu'il devient réellement le beau. Cette reconnaissance est pour moi le moment de l'émotion artistique, de la claque ; c'est scandaleux, c'est trop ! Le Big Bang sensible se traduit par des sensations concrètes, comme le vertige, la bouffée de chaleur... Surtout, pendant une seconde, ma subjectivité s'efface complètement, mes pensées sont comme bâillonnées, mon esprit estomaqué tombe à genoux devant ce Beau qui m'apparaît massif, monolithique... absolu.

E
t cette majesté souveraine ne s'affiche dans sa splendeur qu'une seule fois. C'est bien de notre faute : nous les humains, nous ne pouvons nous empêcher de réfléchir, d'analyser. C'est ainsi que lors des prochaines rencontres avec l'objet du beau, on tentera de s'expliquer pourquoi on l'a aimé ; en pensant cet objet au lieu de le vivre, on l'use.

À f
orce, on finit par l'admirer. L'admiration est, juste derrière l'indifférence, la plus grande négation de l'émotion artistique. Dire : « Cette peinture n'a pas décalé d'une seule seconde la pendule de mon c½ur, mais pour sûr, j'admire l'intensité de ses couleurs, la finesse de ses traits, la ressemblance avec le modèle... je ressens à quel point le peintre a du y travailler ! », c'est nier sans appel un quelconque charme d'ensemble à l'½uvre. Pan ! Dans les dents, l'artiste ; non, personne ne veut être reconnu comme bûcheur besogneux, tout ce qu'on veut, c'est faire croire qu'on est un nie (mais Kant le dit vraiment mieux que moi, et pourtant, il dit tout mal).

Il faut vraiment me faire taire quand je me mets à parler art et sensible, parce que ces problématiques esthétiques me semblent si cruciales que je divague sur tout et surtout sur n'importe quoi, vers l'infini et l'au-delà de toutes mes idées. Alors je vais essayer de me bâillonner en allant écouter « Adios » pour la quarante-douze-millième fois, parce qu'après tout, c'est encore tellement chouette que j'ai sans doute tort sur tout l'article.

# Posté le dimanche 16 août 2009 09:14

Modifié le dimanche 16 août 2009 12:45

"Take me on a trip upon your magic swirlin' ship... My senses have been stripped, my hands can't feel to grip, my toes too numb to step, wait only for my boot heels to be wanderin'...I'm ready to go anywhere, I'm ready for to fade into my own parade, cast your dancing spell my way, I promise to go under it" [Bob Dylan]

"Take me on a trip upon your magic swirlin' ship... My senses have been stripped, my hands can't feel to grip, my toes too numb to step, wait only for my boot heels to be wanderin'…I'm ready to go anywhere, I'm ready for to fade into my own parade, cast your dancing spell my way, I promise to go under it" [Bob Dylan]

Machinalement, elle posa son stylo. Le temps d'un instant, le temps d'une pensée. Elle contemplait avec une stupeur amusée le spectacle qui s'offrait à elle : en cet après midi de froides vacances, dans un temps qui aurait pu être libre, cent soixante-quinze angoissés chroniques réfugiés dans l'ambition s'étaient amassés dans une salle laide et jaune pour savourer un one man show génial, deux heures de bonheur convivial, qui offraient en plus la couverture morale de s'appeler « cours de philosophie ». À l'intersection de tous les regards, à l'origine de tous les rires et de tous les griffonnages pressés, le roi. Le roi semi chauve, rond comme une pomme, aux mouvements graciles, impairs et solubles dans l'air. Une aisance inouïe se traduisait incontestablement sur les traits modelables de son visage, dans la suavité de sa voix, dans les jeux éloquents de ses mains. « Montesquieu est un imbécile, Camus un écrivaillon pas bien sérieux, et Sartre n'a aucune imagination » pérorait-il, sans que personne ne trouve rien à y redire, tous incapables de se libérer de l'ensorcellement du cours. Bientôt, trop tôt, le roi dut nous signaler la fin du spectacle, déclenchant une tristesse générale dont tous les autres professeurs ne peuvent que rêver.
La fille au stylo referma son cahier, boutonna son manteau, et alla se poster à la fin de la ligne humaine qui s'était déjà formée devant le roi. Lorsque son tour vint de s'adresser à lui, elle répéta sans faute la phrase qu'elle venait de peaufiner dans sa tête. En essayant de toutes ses forces de ne pas avoir l'air d'une candide en passe de désespoir, elle lui exposa l'objet de sa requête, tentant de faire passer pour une interrogation nonchalante, very matter-of-fact, une question qui l'avait tenue éveillée plusieurs nuits durant.
Monsieur votre altesse, existe-t-il, oh s'il vous plaît, dites moi qu'il existe, parmi tous ces longs livres de philosophie que vous avez si bien lus, parmi tous ces ouvrages fruits des longs maux de tête des plus intelligents de ce monde, au moins un livre sérieux qui démontre la beauté de la vie? Dites moi qu'il y en a, des optimistes rationnellement convaincus, des amoureux de la vie qui sauraient m'expliquer leur amour, et me le transmettre. Je ne serais pas difficile, mais de grâce, citez moi un penseur qui expose sans la supercherie de la poésie l'intérêt d'être en vie ; qui soit profondément philanthrope, et qui pense avec une rigueur kantienne qu'il y a en ce monde plus de bon que de mauvais. Je me contenterai même de fumistes potaches de la trempe de Sartre ou Montesquieu. Dites moi qu'il existe, ce véritable optimiste. Promettez moi que ce n'est pas vrai que plus on réfléchit, moins la vie semble jolie. Diagnostiquez que mon ennui de tout, mon pressentiment pessimiste, n'est que phase passagère, et qu'il sera vite vite estompé.
À ses mots, le roi répudia la jeune fille, sans autre forme de procès. « Je n'ai pas le temps... et d'ailleurs vous m'ennuyez avec vos questions saugrenues... il faudrait que j'y réfléchisse... ça ne me vient pas comme ça ! ».
Le rejet n'est pas ce qui blessa le plus la fille emboutonnée dans son manteau ; elle avait compris. Le regard effrayé que le roi lui avait lancé, comme si elle venait de mettre le doigt sur un secret ancestral et indicible, sa réponse trop empressée et violente, son être même qui avait perdu subitement sa si belle aisance... voilà qui l'attristait bien plus. Voilà qui prouvait, de façon atrocement criarde, que son pressentiment avait été le bon.

Tombés les masques.

J'ai la sensation qu'on se force à trouver la vie belle. Qu'on accomplit presque par superstition ce devoir d'envisager le jour positif de toutes choses, de sourire à tout bout de champ un bonheur feint, à la manière d'un allemand de l'Est sur écoute qui serait de fait obli de répéter « Vive le Parti ! » à tout va, par paranoïa.
Mais
à l'évidence, la vie ne nous amènera rien de valable. Tout n'est qu'ennui, s'il n'est souffrance. L'Homme est d'ailleurs si mauvais, pourquoi prétendrait-il à un monde merveilleux ? Et plus on lit, et plus on s'assombrit. Ou plutôt, conservons un peu d'espoir et de modestie : plus je pense, plus je pessimise.
J'a
i l'impression de passer chacune de mes minutes à résister contre ce noir écrasant qui menace toujours un peu plus fort de s'abattre sur mon c½ur, et sur mes yeux. Je ne fais qu'occulter d'un revers de main trop preste les heures de tristesse, d'ennui, de médiocrité, pour ne plus penser qu'à lventuelle minute de vrai bonheur, brut, intense, que j'ai pu vivre. Même pas de bonheur ; de beauté, d'intérêt.
J'ai
l'impression que tout n'est que palliatifs, et cette lâcheté m'insupporte.
Peut-on,
doit-on se révolter contre cette astreinte un peu ridicule, ce caprice colérique de tout voir en (plus) rose ?
Ne pas n
ier l'évidence d'une vie sans qualités, c'est la résignation émétique, ou la porte. C'est traverser l'existence les bras ballants, la tentation du suicide en tiraillement permanent avec la morale (religieuse ou simplement altruiste), ou le passage à l'acte pur et simple. Et après tout, le suicide n'est plus si impensable, si interdit, à ce qu'on me dit.

OK
, il faut que j'arrête de me faire passer pour une suicidaire sur Internet, alors que je suis à des siècles lumières de ça, alors que je ne suis même pas triste. Franchement l'image que je renvoie est tellement catastrophique et décalée que ce n'est même plus drôle.
Je
suis juste vraiment désabusée, très ennuyée, et encore, seulement par rares rechutes... mais des rechutes qui me semblent instinctives, qui me semblent être une relaxation du contle de ma conscience, et c'est ce naturel qui tend si vite à galoper vers le pessimisme qui m'attriste et m'inquiète. Je crois que je répudie peu à peu mes attentes et exigences vis-à-vis de la vie, et ce n'est pas juste dommage, c'est dangereux et amoral.

Mais après tout, il y a toujours le soleil des journées de février, la fragilité irrésistible de mon chat recroquevillé prêt à ronronner à la première caresse, les Robert Pattinson qui ont en plus de tout le sadisme de jouer de la guitare, les meilleurs amis qui perdent doigts et orteils pour me parler, les livres que malgré tout j'aime à la folie, les histoires rigolotes de Lemmy Kilmister, et tout ça, en moins d'une rotation de la Terre.

(Oh la lâche qui évite tout, tout, tout en "concluant sur une note positive"... mais je crois que je vais continuer à accomplir mon devoir de petit chaperon rouge béat.)

# Posté le dimanche 22 février 2009 18:43

"Et à quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante ?" [Charles Baudelaire]

"Et à quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante ?" [Charles Baudelaire]

Rien n'existe.
N
i l'Amour, ni le Bonheur, ni la Justice, ni Toi, ni Moi, ni même Rien.
Ou alors, s'il
s existent, c'est en tant que visées idéales, affirmations de fou. Tout, tout est absolu, rien ne peut être atteint, connu.

Alors, je pe
ux renoncer à tout comprendre, à tout chercher : oisive, me laisser transporter par les dérades de la Vie, et des autres. Par malheur, je suis une Humaine dotée de conscience, insérée dans une société d'Autruis, qui lit parfois des beaux livres, suis des cours, et crois en Dieu. Dans ces conditions, le choix de la mise en veille de l'esprit me semble impossible, utopique au dernier degré.

La
danse classique, qui a toujours le mot juste, nomme les chorégraphies « variations ». Et ces variations cachent un idéal terrifiant : la beauté, permanente, omnipotente : grâce jusqu'au bout des doigts, âme jusqu'au fond des yeux, souplesse le long de la taille, jeux d'angles et de perspectives.

Il peut sembler, et il m'a semblé absurde de se donner tant de mal, de consacrer tant de sueur et d'heures à mémoriser le cours des sissonnes et des entrechats, à s'évertuer sur la parfaite arabesque, puis, à perdre son sens à force de pirouettes, et son souffle à force de grands jetés, tout ça, pour partir d'un point et y revenir, comme si rien ne s'était passé, deux minutes plus tard. On aurait mieux fait de ne même pas bouger, si c'était pour aboutir à ça.
En
plus, chaque pas est totalement gratuit, il n'est pas effectué en vue de la fin de la variation, il est complètement indépendant du dénouement. Aucune logique, aucune « tension dramatique ».

C'e
st qu'en danse, le but n'a aucune importance, seule la quête, la variation a un intérêt. Je crois que la danse, peut-être plus que les autres arts, est une formidable école de vie.

Car
, pour en revenir à notre frustration d'Humains incapables de rien connaître, je pense que c'est la quête qui est belle. Je ne comprendrais jamais la Vie, mais c'est si beau de la chercher ; je ne vivrai jamais l'Amour, mais quel délice de le poursuivre ; je ne me connaitrai jamais, mais quel plaisir d'essayer !

L
es plus beaux voyages sont ceux qui n'ont pas de fin, et c'est pour cela que l'absurde est si beau. Steven Tyler, grande gueule s'il en est, le crie lui-même : life's a journey, not a destination. Et dans l'Alchimiste, le marchand de cristaux traduit bien cette impossibilité de la fin : « J'ai peur de réaliser mon rêve et n'avoir ensuite plus aucune raison de continuer à vivre. ». Nos vies ne sont que des variations, et le point d'arrivée importe peu, pourvu que la quête ait été belle.

La
façon dont vous mourrez n'est pas ce qui résume votre vie, n'est pas un aboutissement. C'est la quête qui fait l'Homme, et ce sont ces multiples poursuites qui font la vie.
Et al
ors, que la vie est belle...

T
out ce que l'on veut, c'est vivre en beauté, habiter la beauté, et surtout, que la beauté nous habite, saisissante ; que le sublime vole nos souffles, que l'indicible bâillonne nos tumultes. Tout ce que l'on veut, c'est vivre. Vivre en soi, pas pour la mort, pas pour la réussite... pour rien du tout ; simplement, absolument, être en vie. Le plus absurde sera le mieux.

Tou
t ce que l'on veut, c'est faire des beaux voyages.

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# Posté le vendredi 02 janvier 2009 08:22

Modifié le lundi 19 janvier 2009 04:06

"Once, he told me : when someone dies, the only thing you can do is go to school. You need to get on with your life. What else are you gonna do?" [Liaht S.]

"Once, he told me : when someone dies, the only thing you can do is go to school. You need to get on with your life. What else are you gonna do?" [Liaht S.]
La mort, c'est comme rien du tout.
C'est quelque chose d'incomparable, et c'est aussi pour ça qu'elle nous bouleverse.

C'est absolument injuste, de façon criarde. Et nous qui, dans la vie, devons toujours résister à la tentation d'accepter l'injustice, sous peine de perte morale, sommes contraints d'accepter celle-ci, sous peine de perte de raison.

C'est absolument négatif, sous tous les angles. Et nous qui, dans la vie, devons résister à la tentation de tout voir en noir, sous peine d'amertume, sommes confrontés à un mur noir désespoir, dont l'obscurité complète nous enrobe. Rien.

Mourir à 21 ans, ça existe pas. C'est tout bonnement inconcevable. C'est le pire de tous les âges pour quitter ce monde. Et non, je suis désolée, toutes les morts ne se valent pas.

C'est désarmant de ne pas savoir pour qui être le plus triste : pour le mort qui voit sa vie s'arrêter, ou pour les autres dont la vie doit continuer.

C'est horrible, cette sensation d'humour noir à répétition, ces fous rires en nerfs qui s'entrechoquent en éclats dans la tête. Et, toutes les minutes : « Je n'avais pas encore envisagé le problème sous cet angle là, en pensant à ça, et c'est encore plus horrible, toujours plus abominable ».

Ma vie n'est pas seulement ma vie. Elle appartient aussi, sinon surtout, à ceux qui m'aiment. J'ai une responsabilité devant eux, et ce que je fais de mon destin influence directement les vies des autres. Toutes nos existences sont liées.

C'est impossible à quel point la vie tourne vite, avec quelle rapidité elle se retourne du blanc au noir. On peut dire que chaque événement est préparé depuis longtemps, par tout un tas de facteurs. Mais la vérité, c'est que le retournement, lui-même, est incroyablement concret, palpable, et survient, littéralement, en une fraction de seconde : que ce soit le « on divorce », le « on se marie », ou le "Il est mort".

C'est si faux de dire que l'existence s'arrête à la mort. Ce n'est pas parce que maintenant, mon cousin est enfermé par quatre murs, dans un trou de mémoire, qu'il n'existe plus. Il restera à jamais dans nos esprits et nos c½urs.
Les banalités sont parfois si justes.

# Posté le mercredi 10 décembre 2008 16:42

Modifié le mardi 20 janvier 2009 17:48

"Le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l'on écrit sur les passions." [Alain]

"Le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l'on écrit sur les passions."

Je crois que je suis atteinte de stoïcisme précoce - ce qui est ballot quand on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

Ca
r oui, c'est décidé (au moins jusqu'à ce que ça ne le soit plus) : je vais m'emparer du grand feutre rouge pâle de la Mesure et tracer une grande croix sur les Passions.

- Allô Wiki mo
n ami ?
- Passi
on vient du latin patior signifiant souffrir, éprouver, endurer, autrement dit un ensemble d'états dans lesquels un individu est passif, par opposition aux états dont il est lui-même la cause. Ce sens ancien est resté et un nouveau sens en est dérivé. En effet, de nos jours le mot passion est aussi employé pour parler d'une émotion qui est plus forte que nous, que l'on subit, pour ainsi dire, passivement.
Une pa
ssion est donc une sensation très intense qui se nourrit d'instinct, dans laquelle le pathos prime sur le logos, le sensitif sur la raison, les grondements de myocarde sur les mots choisis. Elle ne s'arrête pas à la passion amoureuse : la haine, la rage, l'obsession... sont aussi des passions, et c'est bien toutes les passions que j'entends proscrire. (Les passions, pas la passion, parce que comme l'a même dit un homme d'Eglise, celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion.)

C'est pe
ut-être un peu triste, cet abandon, mais que voulez-vous, il faut (essayer de) vivre en accord avec ses idées, ou cesser de prétendre à l'Humanité : se déclarer phasme. Et non, je ne suis pas un phasme.

Les
idées sont comme des tulipes ; celle-ci n'échappe pas à la règle. En effet, elle provient des graines qui se sont plantées dans mon esprit : un aspect de ma vie, de celle des autres, une lecture, ou plutôt deux... plus généralement, des mots et des sensations. Le bourgeon a été nourri et entretenu par une calculée succession de « mais », de « donc », de « or », de « car » et... et paf, ça a fait une tulipe : quelque chose de concret, de joli, mais pas de beau ; son origine est trop humaine. On dirait qu'elle est en plastique, et d'ailleurs elle est bien trop jaune pour être honnête. Comme le jaune de la tulipe, l'idée humaine est toujours trop catégorique pour avoir la beauté subtile de la Vérité. Mais ce qui compte, c'est que c'est bien une fleur, et qu'elle a donc eu la germination par les graines de vie et les connecteurs logiques.
(Vous avez en
tièrement le droit de vous moquer de ce que je suis en train de raconter, parce qu'une Parisienne, hachequattreuse de surcroît, qui explique « ses théories » par les fleurs, c'est un peu comme un Enarque qui fait des lois sur les engrais agricoles depuis son bureau en moquette : assez absurde. À croire que je me sens l'âme d'une surréaliste, ce soir.)

Je pourrais vous dire quelles ont été les graines à l'origine de cette idée (la niaiserie de cette métaphore augmente à mesure qu'on la file... donc filons!) : je pourrais vous parler des tempêtes de mon été. Je pourrais vous raconter la tornade d'injustice, les torrents de larmes, les tremblements de c½ur, la fonte des cerveaux, les ras de famille, et surtout, comme toujours, les chocs de questions.
Je pourrais même être plus concrète en parlant de ces relents périodiques de haine envers le correcteur du bac, le bac, l'éducation nationale, le système, le cosmos, en parlant de ce garçon au prénom et aux yeux si séduisants, en parlant de ma famille qui vole en éclats, ou plutôt de moi qui vole très loin de ma famille et encore plus loin de mon papa, en parlant de ces amis qui perdent leur intérêt à mesure qu'ils prennent confiance en eux et qu'ils deviennent heureux, en parlant de ces nuits diablement alcoolisées, en parlant de ces réflexions en étoiles filantes qui se barbouillent dans mon cerveau ramolli par la chaleur.
Mes graines, ce sont donc toutes ces passions de l'été et d'avant, miennes et pas miennes, et toutes ces lectures (surtout Sartre, Vian, Camus) et ces musiques (surtout Foo Fighters, Seether et celles où je peux chanter sans que ce soit moche).

Je
pourrais ensuite raconter les étapes de la germination de ma tulipe anti passions. Je pourrais vous expliquer que je pense qu'il n'y a pas de honte à préférer le bonheur, mais qu'il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul ; que le but de tout un chacun ne doit pas seulement être son propre bonheur, mais aussi le bonheur potentiel de toute l'Humanité (stoïcienne et existentialiste... ahem), ou si l'on préfère, que la quête existentielle doit s'équilibrer en deux : la quête du bonheur particulier et la quête du bonheur général.

Puisque
l'on doit engager son être dans l'Humanité, et qu'on cherche le bonheur général, il faut que le dit être soit fiable, maîtrisable. Or un être dirigé par ses passions est par le fait égoïste, et donc nuisible. Il ne suit aucune morale, seulement ses passions, ses sens, et oublie ainsi le bonheur « général ».
(Pa
r morale, je n'entends surtout pas morale préétablie, mais morale qu'on établit, car je pense que le philosophe absolu est celui qui a su se créer un ensemble cohérent et complet de principes, formant une morale, sa morale.)

Et donc me
voici, tulipe à la main, paix au c½ur. Je pense que j'ai compris l'enjeu de mon bonheur : gérer les tensions entre mon goût de l'absolu et mon rejet des passions. Tout un programme...


Mais
ce qui compte après tant de charabia, c'est qu'on apprend toujours plus l'été (encore une raison d'aller se mutiner rue de Grenelle), que le bonheur est à la portée de tous, même de ceux qui en sont incapables et que somme toute, la vie a un sens de l'humour toujours très à-propos.

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# Posté le lundi 13 octobre 2008 05:06

Modifié le lundi 23 février 2009 05:36